avant-propos



Affixe, revue de création littéraire, consacre chacun de ses numéros à un préfixe ou suffixe, et soumet celui-ci à l’interprétation et l’écriture d’autrices et auteurs, afin d’éclairer, par la réunion de leurs textes, la langue, les usages, les idées.

Nous soutenons que l’intérêt que présentent les affixes, ne se limite pas à la grammaire et à la linguistique ; que, se distinguant d’abord par leur grand nombre, ils modulent la basse du discours ; que, d’emploi facile et familier, ils se succèdent tour à tour en concurrence et en opposition ; que leurs champs d’application, de signification — scientifique, poétique, politique… — ne connaissent pas de restriction ; qu’ils ne sont étrangers à aucune des questions qui s’y rapportent ; qu’il en sont même des acteurs déterminants, au cœur des expressions contemporaines, et des biais tout indiqués pour s’en saisir.

Dès lors, par l’ensemble de ses contributions, la revue entreprend de circonscrire un affixe, et sa multiplicité inhérente, et, ce faisant, de sonder notre époque, ses conflits, ses enjeux. Pour débuter, le suffixe -ment nous avait sauté aux yeux, celui de réchauffement, changement, appauvrissement, harcèlement, remplacement, effondrement, ensauvagement… En deuxième lieu, c’est le préfixe dé- qui s’impose à nous : omniprésent, ambition radicale ou péril mortel, formateur de décroissance ou dérèglement, déconstruction ou décivilisation, décolonialisation ou dénazification.

Le préfixe dé- est en réalité double. Derrière cette même syllabe se découvrent deux morphèmes. Ceux-ci descendent de deux préfixes latins distincts, respectivement dis- et de-. Le premier, le plus courant, s’adjoint aux mots pour en exprimer la privation, la négation, le contraire… Le second exprime le renforcement d’une action, l’augmentant, l’intensifiant — celui de définition, dédoublement, détermination, démonstration… Faudrait-il voir dans la prédominance de l’un par l'autre une propension à défaire bien davantage qu’à parfaire ?

Les autrices et les auteurs qui le composent, Samantha Barendson, Camille Bleker, Dorothée Coll, Aline Dethise, Gabriel Gauthier, Gaspard-Marie Janvier, Lou Kanche, Nathalie Koble Lucie Taieb, Maria Roubtsova nous invitent à reconsidérer le dé-. Leurs textes donnent à lire une perte de sens et d’intérêt moderne et familière, le rêve d’une Russie demain, un sentiment amoureux très vulnérable, un souhait malherbien, un songe magrittien, une prière intranquille, un rite aussi macabre qu’impromptu, une mise au point écologiste, un jeu de résurrection… S’y entremêlent trois entretiens poétiques autour du préfixe dé-. Par cette somme se découvre une définition multi-personnelle et décantée de cet affixe, faiseur de rime par l’avant, outil de détournement, marqueur tranchant. Une invitation aux lecteurs et lectrices de la revue : À vos interprétations.


conception et direction : TUGDUAL DE MOREL & ELIE PETIT
édition : JUSQU’À L’ÉPUISEMENT DES QUESTIONS
impression : TYPO’LIBRIS (FRANCE), N° 22100419

ISBN : 9 782958 559595 • prix de vente : 8€ (frais de port : 2€)

avec le soutien de la Fondation Jan Michalski et de Mots-Clés